Le Grand Paris, dévastation métropolitaine

Source : https://paris-luttes.info/le-grand-paris-devastation

Spéculation foncière et immobilière, gentrification des quartiers populaires, élaboration de projets aberrants et nuisibles, partenariats public-privé, disparition des terres agricoles… Pour en savoir un peu plus et organiser les résistances !

Fouillis programmatique et institutionnel, masqué par la construction d’un coûteux réseau de transports présenté comme indispensable et bénéfique pour tous les habitant-e-s d’Île-de-France, le Grand Paris connaît un engouement médiatique et politique quasiment sans fausse note.
Pourtant ce nouvel exemple d’expansion métropolitaine au service de l’attractivité et de la compétitivité porte en lui sa logique de dévastation sociale et écologique : spéculation foncière et immobilière, gentrification des quartiers populaires, élaboration de projets aberrants et nuisibles, partenariats public-privé, disparition des terres agricoles, etc.
Mettre en évidence cette réalité pour s’y opposer est encore une tâche à mener.

Si l’intention d’une planification globale de la région n’est pas nouvelle [1], l’expression « Grand Paris » désigne plus récemment un projet d’aménagement de l’Île-de-France lancé par le gouvernement Fillon et qui a donné lieu à une loi adoptée en juin 2010.
Ce processus a démarré en 2007 avec une consultation architecturale internationale opposant dix équipes « pluridisciplinaires » devant élaborer chacune une vision d’ensemble de l’aménagement francilien.
Le Grand Paris est avant tout médiatiquement associé à la création d’un nouveau réseau de transport (200 km de voies ferrées et 72 gares) dont le tracé et l’emplacement des gares ont donné lieu à des affrontements entre l’État sarkozyste et le conseil régional PS jusqu’en janvier 2011 où un accord fut obtenu.
Le coût du projet reste cependant dans le flou : en décembre 2012, un rapport commandé par la ministre de l’Égalité des territoires et du Logement estimait le montant à 30 milliards d’euros contre les 20 milliards initialement chiffrés.
L’échéance du projet a également été reportée de 2025 à 2030.

La loi sur le Grand Paris comprend aussi la mise en place de contrats de développement territoriaux (CDT), ces documents planifient les aménagements sur une vingtaine de zones considérées comme « stratégiques » en matière de « développement économique, urbain et social », et s’appuyant souvent sur une spécificité thématique locale : quartier d’affaires, aéronautique, transport fluvial, économie numérique, santé, « développement durable », « création » numérique, etc.

Si le terme de « cluster » est parfois employé pour désigner certains de ses projets (le cluster de la ville durable à Marne-la-Vallée, le biocluster de Sanofi à Vitry-sur-Seine), il qualifie souvent la situation du plateau de Saclay, territoire emblématique du Grand Paris appelé à devenir, selon l’expression consacrée, une « Silicon Valley française » (voire européenne) [2], par la concentration de centres de recherche et de groupes industriels.

Cependant tout projet d’aménagement – justifié et promu par les mêmes arguments de compétitivité, d’attractivité, d’innovation et par les mêmes promesses de création d’emplois – semble pouvoir être rattaché à la logique du Grand Paris, sans forcément en avoir le label à travers les CDT, et la planification globale laisse place à des projets concurrents.

Bien évidemment, ces projets s’élaborent à l’aide des habituelles « concertations » avec la population, destinées à donner un vernis « participatif » à des opérations déjà programmées (bien que pas forcément financées).

Plus récemment, au niveau institutionnel, la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles pousse au développement d’un nouveau type d’intercommunalité, la métropole, appliqué aux pôles urbains les plus « intégrés », de Strasbourg à Brest et de Marseille à Lille.
En Île-de-France, elle entend ainsi regrouper les communes de Paris et des trois départements de la Petite Couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne) dans une structure baptisée « métropole du Grand Paris » et qui captera certaines compétences supracommunales (logement, aménagement du territoire, politique de la ville, etc.) et dirigée par un « conseil métropolitain », constitué de représentants des différentes sous-intercommunalités.

Cette métropole a pour fonction de définir et mettre en œuvre des actions pour « améliorer le cadre de vie de ses habitants, de réduire les inégalités entre les territoires qui la composent, de développer un modèle urbain, social et économique durable ». Mais ces objectifs ne sont recherchés qu’en tant que « moyens d’une meilleure attractivité et compétitivité » du territoire, attractivité et compétitivité qui apparaissent comme les véritables finalités du processus du Grand Paris et dont les résultats doivent – on ne sait comment – se faire « au bénéfice de l’ensemble du territoire national » [3].

Des « villes-mondes » en concurrence

Le Grand Paris est une déclinaison de la logique de métropolisation qui touche la planète et met en concurrence les territoires.
Les intentions de ses promoteurs sont claires à ce sujet et n’ont pas varié après l’alternance politique de 2012. Nicolas Sarkozy déclarait ainsi dans son discours sur le Grand Paris, le 29 avril 2009 :

« Paris est une ville-monde mais la région capitale est une économie-monde. Paris et la région capitale, c’est pas simplement la capitale de la France. Paris, c’est la rivale de Londres, de New York, de Tokyo, de Shanghai. Elle a vocation à être au premier plan dans la civilisation et dans l’économie mondiale ».

Quant au « Nouveau Grand Paris » du gouvernement Ayrault, il n’a de « nouveau » que le nom et

« doit permettre à l’Île-de-France, qui représente 30% de la richesse nationale, d’atteindre le sommet des grandes métropoles mondiales sur le plan économique, de l’attractivité mais aussi de la solidarité » [4].

En matière de « solidarité » francilienne, la barre n’est pas placée très haut puisque l’actuel gouvernement ne prévoit d’abord que de reprendre le même objectif annuel de création de logements neufs, fixé par son prédécesseur, et de créer un fonds de péréquation financière inter-départemental qui provoque des réticences de la part des communes les plus riches [5].

En 2009, en Île-de-France, moins de 80.000 attributions de logement social étaient proposées pour environ 386.000 demandes. En 2012, rien que sur Paris intra-muros, il y avait encore 140.000 demandes et moins de 12.000 d’entre elles ont été satisfaites [6].
De son côté, l’Atelier international du Grand Paris envisage que l’Île-de-France va « accueillir près de 900.000 nouveaux ménages d’ici 2030 soit environ 45.000 ménages par an » [7].

La loi sur le Grand Paris a fixé un objectif de construction annuelle de 70.000 logements supplémentaires (contre moins de 40.000 par an, ces dernières années) et des objectifs localisés ont été fixées dans ce cadre à travers les CDT. Mais – même dans la mesure où ces objectifs pourraient être atteints – de quels logements s’agit-il et à qui seront-ils destinés ?

En dépit des prévenances, on doute qu’il puisse s’agir de lutter réellement contre le mal-logement – ne serait-ce que par la construction de « vrais » logements sociaux [8] – mais bien plutôt d’accueillir jeunes diplômés, cadres supérieurs et ingénieurs, venus d’au delà des frontières régionales ou nationales, aimantés par « l’attractivité » tant vantée par les élites métropolitaines et par des emplois qui leur correspondront.
L’urbanisation et la création de gares et de projets coûteux aux « architectures XXL » [9] encouragent fortement la spéculation immobilière et foncière ; dans les villes de la petite couronne parisienne notamment, cela concourt au processus de gentrification qui accompagne les opérations de rénovation urbaine et qui réserve l’accès à la centralité urbaine aux plus aisés.

D’un autre côté, si des logements sont créés pour les plus démunis, il semble que ce soit à travers l’accroissement de villes-dortoirs aux taux de chômage endémiques, comme le dénonce le Collectif pour le Triangle de Gonesse à propos des communes de Sarcelles, Garges-lès-Gonesse et Villiers-le-Bel [10]. Le développement de lignes de métro supplémentaires ne fera qu’offrir aux moins aisés la possibilité d’habiter plus loin du centre, là où le logement sera plus accessible.

Les promoteurs du Grand Paris annoncent également la création de 250.000 emplois d’ici 2030 (toujours avec 900.000 ménages de plus). Là encore, et sans même poser la question de leur utilité sociale, rien ne prouve que ces emplois seront attribués aux populations locales en particulier dans les zones où elles n’ont pas les qualifications nécessaires, car la métropolisation repose sur l’attraction et la concentration d’activités tertiaires aux emplois très qualifiés – même s’il y aura parallèlement toujours besoin d’emplois très peu qualifiés (hôtellerie, restauration, nettoyage, gardiennage, etc.).

De plus, la « compétitivité » célébrée jouant aussi entre les divers territoires franciliens (qu’ils soient ou non concernés par des CDT ou des créations de gares), s’agit-il réellement de créations ou bien simplement de déplacements d’emplois comme dans le cas du plateau de Saclay qui concentrera grandes écoles, centres de recherche et entreprises venus d’ailleurs ?

Quant aux destructions d’emplois, causées par la concurrence entre les divers projets (par exemple le petit commerce face aux nouveaux centres commerciaux mais également la concurrence entre les divers centres commerciaux eux-mêmes) ou encore par les « économies d’échelle » dues à la mutualisation de services (secrétariat, restauration, etc.) lors des regroupements d’activités, elles ne sont jamais évoquées.

Malgré de beaux discours sur la « ville dense », la dynamique du Grand Paris est aussi en contradiction avec l’un des ses principes affichés, la lutte contre l’étalement urbain. Des centaines d’hectares de terres agricoles [11] et d’espaces naturels sont menacés par le développement urbain autour des nouvelles gares du Grand Paris Express et par les divers grands projets mégalomaniaques comme le gigantesque centre de loisirs « Europa city » du groupe Auchan dans le triangle de Gonesse (Val d’Oise, 300 ha), le « cluster » du plateau de Saclay (Essonne, 400 ha) ou le « Village nature » d’Eurodisney-Center Parcs (Seine-et-Marne, 259 ha), pour citer les trois plus emblématiques.

Tous ces projets, petits et grands, vont également justifier la construction de nouvelles routes et autoroutes qui mangeront encore de la surface et provoqueront un émiettement de parcelles, elles-mêmes plus facilement urbanisables.

En mai 2013, la FNSEA d’Île-de-France en est même venue à signer un communiqué commun sur le sujet avec Île-de-France Environnement, fédération régionale des associations de protection de l’environnement, alors que la surface agricole francilienne venait de passer sous les 50 % de la surface totale.
De même, la Seine est elle aussi menacée par l’idée de faire du Havre le port international du Grand Paris ce qui se traduit par des projets de développement du port d’Achères (Seine-métropole) et de celui de Gennevilliers dans l’optique d’un accroissement du trafic fluvial – trafic qui ne viendrait pas se substituer à d’autres formes de transports de marchandises mais, dans une logique de croissance, s’y ajouter.

Une expansion métropolitaine sans remise en cause

Depuis 18 mois, une opposition globale au Grand Paris essaie de se constituer mais peine à être audible. Un premier rapprochement entre opposant-e-s, qui a débouché sur la constitution de la Costif (Coordination pour la solidarité des territoires d’Île-de-France et contre le Grand Paris [12]), a par la suite bénéficié de la médiatisation de la ZAD de Notre Dame des Landes après la répression d’octobre 2012, qui a aussi permis de mettre en avant la question de l’aménagement du territoire en région parisienne (réunion publique en mars 2013, journées de mobilisation en décembre). Cependant la contestation d’ensemble du Grand Paris reste encore très faible.

P. P.

Notes

[2Voir la carte et les fiches des CDT sur le site de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France : www.iau-idf.fr

[3Article 12 de la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (loi n° 2014-58 du 27 janvier 2014).

[4« Le Nouveau Grand Paris : pour une région compétitive et solidaire », communiqué du Premier ministre, 6 mars 2013

[5L’article 12 de la loi sur les métropoles laisse au « conseil métropolitain » le soin de débrouiller les critères de la péréquation.

[6APUR, L’accès au logement social à Paris en 2012, septembre 2013.

[7« Six questions sur le logement en Île-de-France », www.ateliergrandparis.com

[8PLAI ou PLUS plutôt que PLS.

[9Paris, la métropole et ses projets, Connaissance des arts, hors-série, décembre 2011.

[10« Avis sur le CDT Val-de-France », http://voe95.fr/cptg

[11Terres essentiellement dédiées à une agriculture industrielle productiviste mais que l’urbanisation éloignera encore plus des possibilités de maraîchage paysan et de distribution en circuits courts.

Contre leur « Grand Paris », on fait quoi ?

La ville est devenue un immense chantier pour nous qui habitons les derniers quartiers populaires de la région parisienne. Les nuisances que ce chantier engendre (sonores, embouteillages, pollutions, etc.) c’est nous qui les subissons, pas ceux à qui elles profitent. Ce n’est que le début d’une offensive planifiée par la bourgeoisie, et la cible c’est nous, le prolétariat.

Les prochaines étapes de leur plan d’attaque se font déjà sentir : les loyers augmentent, ils augmenteront encore. Les charges locatives augmentent, elles augmenteront encore. Ton proprio connaît très bien la valeur de ses biens, et ne va pas renoncer à sa part du gâteau. Les prix dans les magasins augmentent aussi, et ceux qui pratiquaient les prix les plus bas revendent leurs locaux et cèdent la place aux enseignes qui visent une clientèle « plus aisée ». Finalement la seule chose qui n’augmente pas, ce sont nos salaires. Nous n’aurons bientôt plus les moyens d’habiter ici, il faudra déménager plus loin, où les loyers et les prix sont moins chers. Nous serons obligés de faire plus de deux heures de trajet pour aller bosser là où nous habitions avant, là où des bourgeois auront pris notre place. Mais ce que ces derniers vont récupérer, ce ne sont pas nos appartements miteux et nos quartiers délabrés. Ce qui les attend, c’est l’un des plus beaux cadeaux que l’État prépare pour le patronat : le Grand Paris.

Les bâtiments qui sont restés à l’abandon par les spéculateurs immobiliers (alors que des gens dorment dehors) sont vendus à prix d’or et démolis. Ce qu’ils construisent à la place n’annonce rien de bon pour nous. Les entreprises locales ne peuvent plus résister aux offres des promoteurs et revendent leurs locaux, laissant leurs salariés sur le carreau. Les services publics sont désorganisés, le nombre de leurs employés continuera à se réduire comme peau de chagrin, pour diminuer toujours plus les coûts de fonctionnement de cette nouvelle organisation. Ceux qui resteront en place subiront une surcharge de travail, celui de leurs collègues non remplacés, et pour le même salaire bien sûr. Et ce sont eux qui seront désignés coupables lorsque les dysfonctionnements de ces services provoqueront la grogne des usagers. L’économie capitaliste repose sur l’exploitation du salarié par le patron. Donc lorsque l’on veut séduire le patron pour l’inciter à venir s’installer ici, il n’y a qu’une chose à faire : favoriser l’exploitation.

À quoi ressemble la ville idéale pour un exploiteur ?

Voici un petit aperçu du meilleur des mondes que nous prépare le moins pire des systèmes :

  • Un réaménagement urbain qui permettra un matraquage permanent entre les caméras et les panneaux publicitaires. Une surveillance permanente associée à un appel à la consommation.
  • Le déploiement d’un dispositif sécuritaire toujours plus important, plus de flics à qui de nouveaux chefs lâcheront la bride, pour augmenter la pression sur ce qu’il restera du prolétariat, appuyés par un nombre accrus de collabos professionnels (milices privées, médiateurs de nuit, GPIS, etc.). Nos gamins seront encore plus menacés par ces brutes qui, souvent pour de pauvres histoires, n’hésitent pas à enfermer, blesser, mutiler et tuer.
  • La densification du réseau de transports pour fluidifier l’exploitation en rendant le prolétariat plus mobile et flexible.
  • Des prolétaires atomisés, individualisés, incapables de mettre en action leur meilleure arme : la solidarité de classe.

Quelles résistances se mettent en place aujourd’hui ?

Pour l’instant, quasiment aucune, à part de vagues inquiétudes exprimées par quelques associations, et des initiatives de collectifs militants qui restent impuissants tant que la population ne s’empare pas de cette lutte.

Les partis politiques sont gérés par des politiciens professionnels qui se concentrent sur la règle n°1 de tous les métiers : garder son job. Ils n’osent plus faire un pas de travers qui risquerait de contrarier la bourgeoisie depuis bien longtemps. Si l’un de ces partis arrive encore à s’attirer tes faveurs, alors renseignes-toi sur les démarches qu’il a entrepris pour défendre les prolétaires des appétits capitalistes de ce projet. À Aubervilliers par exemple, le maire qui se prétend de gauche s’est insurgé que les travaux… n’allaient pas assez vite ! Et il a invité les habitants à se joindre à sa petite crise de colère, comme des moutons qui seraient pressés que la construction de l’abattoir soit finie. Ces gens-là n’ont pas les mêmes problèmes que nous, il n’y a rien à attendre d’eux.

Les syndicats sont largement noyautés, quoiqu’ils en disent, par ces organisations politiques. La consigne est de ne pas faire de l’ombre aux copains qui ont été élus ou mis en place à des postes haut placés, et dont la fonction est d’assurer le bon déroulement de ce projet. Les syndicats jouent leur rôle de partenaires (sociaux) du patronat et la plupart des magouilles décidées dans le cadre de ce projet l’ont été avec leur accord, sur notre dos. Là encore, si tu es syndiqué, renseignes-toi sur ce que ton syndicat a engagé comme mobilisation contre le Grand Paris.

Une fois que tu auras vérifié tout cela par toi-même, tu arriveras peut-être à la même conclusion que nous : les organisations politiques et syndicales sont des institutions bourgeoises qui font partie du problème, pas de la solution. Dans ce cas tu devras comme nous réfléchir aux formes que doit prendre cette lutte pour se débarrasser de ces muselières imposées par nos maîtres et leurs opposer enfin un rapport de force qui soit en notre faveur. Tu l’as deviné, nous avons commencé cette réflexion, comme bien d’autres avant nous, et te proposons ici quelques pistes dont tu feras ce que tu voudras :

  • Dans les entreprises qui sont impactées par le Grand Paris, s’organiser avec les collègues pour créer des comités de lutte, dont la première des tâches sera d’encourager la création d’autres comités de lutte dans les autres secteurs ou services de l’entreprise et dans les autres entreprises de la même branche. Lorsque ces comités existent, se mettre en relation avec eux pour élaborer des plateformes de revendications communes et coordonner les actions. Organiser des assemblées générales pour prendre toutes les décisions, et dont seront exclues toutes les organisations politiques ou syndicales. S’opposer systématiquement à toute « prise de pouvoir » pouvant émerger au sein des comités. Se mettre en liaison avec les assemblées de quartier.
  • Dans les quartiers qui sont impactés par le Grand Paris, même stratégie : s’organiser avec le voisinage pour créer des assemblées de quartier, qui devront aider à la création d’assemblées dans les quartiers avoisinants, et garder un contact permanent pour organiser la lutte. Se mettre en liaison avec les comités de lutte dans les entreprises. Ici encore, il faudra se méfier des faux amis.

L’histoire du mouvement ouvrier international nous a légué beaucoup de pratiques qui ont fait leurs preuves dans la lutte entre les classes sociales. Nous pouvons nous en inspirer comme en inventer de nouvelles, mais il y a une chose à en retenir : le prolétariat n’est réellement combatif que lorsqu’il s’organise en tant que classe sociale, contre la classe ennemie qui est déjà organisée contre lui. Nous devrons apprendre à identifier et à contrer les stratégies de la bourgeoisie qui visent à nous diviser pour mieux régner. Il nous faudra combattre tout ce qui favorise les replis communautaristes engendrés par les religions, les racismes, les identitarismes nationaux ou ethniques, qui nous empêchent de nous unir pour défendre collectivement nos intérêts. De même, la fascination pour la marchandise et l’argent, qui ne profite qu’aux riches, ne doit plus nous enfermer dans l’égoïsme et par conséquent la défaite. Apprenons à nous reconnaître comme frères et soeurs de classe et nous vaincrons, car nous n’avons d’autre choix que de gagner cette bataille, l’enjeu est trop Grand.

GARAP

Face au GRAND PARIs de la Bourgeoisie : Lutter pied à pied contre la gouvernance locale du capital

« Paris Métropole », « Métropole du Grand Paris », « Atelier international du Grand Paris », « Société du Grand Paris », « Grand Paris Express », « Grand Paris Aménagement », sous ces formules tape-à-l’œil, la bourgeoisie en bave déjà à la vue de marchés juteux mêlés au pillage des services publics et à la spéculation immobilière. Le « Grand Paris », c’est l’orgie des nantis sur le dépouillement du plus grand nombre ! Car ce redécoupage institutionnel signifie la soumission totale du territoire aux intérêts du MEDEF. Pour le prolétariat, c’est à dire l’immense majorité des travailleurs, le programme est d’une cruelle simplicité : austérité, chômage, exclusion sociale, relégation géographique, répression managériale et policière !

ASSAUT FRONTAL CONTRE LE PROLETARIAT

La mise en place du Grand Paris au 1er janvier 2016 fait suite à la loi du 3 janvier 2010 sur le Grand Paris et à la loi du 27 janvier 2014 de Modernisation de l’Action Publique Territoriale et d’Affirmation des Métropoles. Cette réforme institutionnelle et urbaine supprimera le conseil général et videra la commune de ses principales prérogatives. Il s’agit d’anéantir ce qui reste des « politiques sociales » et de cette infime pincée de démocratie directe que recelait encore l’échelon communal en héritage de la Révolution Française. Autrement dit, les très illusoires « boucliers sociaux pour les habitants » que sont les échelons municipal et départemental feront place à l’Etat promoteur de la prédation du marché. Les politicards de droite sont coupables. Ceux de gauche le sont tout autant (la gauche aux commandes locales qui sait fort bien recycler ses managers tel Pierre Mansat, superviseur de la mise en place de la métropole mais aussi président du conseil d’administration de l’Atelier International du Grand Paris). La bourgeoisie prévoit d’effacer les marqueurs sociaux d’un Etat censé jusque là redistribuer (a minima seulement) les richesses : services publics des collectivités locales, « autonomie » (toute relative) des communes sur l’aménagement urbain, aides sociales. Dès lors, le recentrage sur la valorisation du capital (50 Milliards d’euros « d’économies », dont 11 Milliards d’euros prélevés sur les collectivités locales, que seul paiera le prolétariat) passera par l’écrasement des salaires. Car bien loin d’être des îlots de protection dans le marché sauvage, les métropoles sont vouées à se concurrencer entre elles. Elles seront d’autant plus « performantes » qu’elles livreront la propriété publique au lucre, rendront leurs territoires attractifs pour les patrons et les rentiers.

FLUIDIFIER, RENTABILISER, GENTRIFIER, SURVEILLER, VIRER, PUNIR

En surface, un « choc foncier ». L’attaque tous azimuts sera rendue plus efficace par la fusion des agences foncières pour :
Densifier et étendre le tissu de transport rapide vers les pôles d’exploitation, en reliant un réseau express banlieue-banlieue avec les lignes de métro traversant Paris,
Libérer un maximum de terrains pour les multinationales du BTP et toutes leurs filières (Bouygues, Vinci, Eiffage, SADEV,…). Sous couvert de la relance de la construction (70 000 logements par an), la spéculation foncière et immobilière s’envolera.
Les plus-values réalisées par l’Etat et le privé rendront aussi accessibles qu’attractifs des espaces «nettoyés» socialement, sans pauvres, par conséquent plus chers. Loin de ces quartiers « gentrifiés », la « populace » sera reléguée à la lointaine banlieue. Dans cet ordre social insupportable, les milices privées proliféreront pour garantir brutalement la sécurité des riches décomplexés.
En arrière fond : nous et nos vies de travailleurs, étudiants, chômeurs, retraités. Les nouvelles clinquantes saloperies que la racaille bourgeoise est fière de nous concocter, ce sera à nous de les payer (des dizaines de Milliards d’euros à régler via les impôts, les augmentations tarifaires et baisses salariales).  Nous continuerons à être trimbalés sous tension et sous surveillance, dans des transports en commun aux tarifs ruineux. Les règles managériales continueront de s’abattre sur le personnel des multinationales (RATP, SNCF, RFF…) mais également sur celui des collectivités territoriales, dont les conditions de travail ne cessent de se délabrer : suppression et fusion de services, harcèlement, mise au placard, contrats précaires et autres licenciements. Un seul mot d’ordre : Modeler les « services publics » aux paramètres de la « performance » économique, pour satisfaire des besoins solvables et non les besoins sociaux.

LA VILLE,  MÊME EN « ROUGE », C’EST L’ENFER POUR LES PROLETAIRES

La décomposition des anciennes forces d’encadrement du prolétariat (la communisterie : staliniens du PC, extreme gauche, syndicats) révèle crûment les missions politiques que celles-ci se sont assignées depuis des décennies pour mieux préparer le terrain à toutes les offensives du capital :

  • Collaborer étroitement avec le patronat, en anticipant ses besoins économiques, en intégrant ses impératifs antisociaux, en faisant reposer ses coûts sur l’Etat (ex : reproduction des infrastructures, logement, formation ou répression des travailleurs,…).
  • Participer au défonçage de quartiers entiers, comme à Ivry ou à Aubervilliers, pour les offrir aux promoteurs immobiliers, aux banques, aux assurances et aux bobos.
  • Axer le fonctionnement de la Fonction Publique sur l’idéologie et les attentes du marché ; Traquer la « feignasse de fonctionnaire ». Plus généralement, les coupes à la hache dans les budgets publics masquent le détroussage des travailleurs par les opérateurs financiers (banques, fonds de pensions), sous couvert du remboursement de « la dette ».
  • Neutraliser la contestation prolétarienne au travers, notamment, du clientélisme et du sabotage des mobilisations sociales (par les centrales syndicales).
  • Miser sur l’abrutissement confessionnel, en aidant matériellement et financièrement les organisations religieuses, lesquelles savent si bien propager la peste identitaire, la lèpre communautariste, ces gages de l’autodestruction des opprimés.

S’ORGANISER POUR ENGAGER UNE LUTTE AUTONOME GENERALISEE

Organisons-nous en assemblées autonomes, en comités de lutte, virons les bureaucrates, arrêtons le travail dans les collectivités locales, les transports, la Poste, les hopitaux, l’Education. Coordonnons les actions et étendons la lutte dans les entreprises et les quartiers. Reprenons le contrôle de ce dont le capital nous a dépossédé : la production, la nature, le logement, l’alimentation, le transport, la communication.

BRISONS CES FUNESTES PROJETS QUI NE SERVIRONT JAMAIS LE VIVANT.
LA FABRICATION D’UN MONDE SANS CLASSE
PASSERA PAR L’HUMANITE LIBEREE DE L’EXPLOITATION CAPITALISTE.

GARAP

De quoi Eurorennes est-il le nom ?

Eurorennes, en avez-vous entendu parler ? Non. Mais si, pensez à tous les travaux qui pourrissent la vie des résidents, certains même reposant sur une dérogation spéciale pour commencer à 7h du matin et s’achever à 9h du soir. Un terraformage complet de la ville sur quatre ans.
Un nouveau métro, une meilleure circulation, plus d’espace vert…
Certes, mais pas pour tous.

QUI BENEFICIERA D’EURORENNES ?

L’expulsion des pauvres du centre-ville pour qu’ils soient parqués dans le nord (Maurepas) et le sud (Le Blosne) a commencé depuis longtemps. Aujourd’hui, la nouveauté c’est que les chiens du capital ne tolèrent même plus cette présence lointaine. Oh sûrement pas par peur de ceux qui n’ont rien, puisqu’on leur a offert toute une flicaille de proximité pour prendre soin d’eux. Non, mais la ville de Rennes est « bankable », son bien-vivre, ses espace vert, et surtout sa bonne humeur, attirent les convoitises des spéculateurs immobiliers et autres bourgeois en fin de vie.

Comment donc faire venir plus de pognon ?

La recette que nous a concoctée le parti socialiste est la suivante :
Prenez une Ligne à Grande Vitesse (L.G.V), financée grâce aux impôts si possible.
Construisez un nouveau métro, toujours avec l’argent de Mr. et Mme Tout-le-monde.
Refaites le centre-ville afin que l’on puisse y circuler en voiture sans bouchon. Détruisez, dans la lancée, le centre sud afin d’y construire une série d’immeubles, prioritairement destinés à des bureaux.
Maquillez le tout avec des commerces sécurisés pour donner un semblant de vie.
Organisez une campagne de propagande tous azimuts pour populariser le projet, à grand renfort de marketing communicationnel (« Pôle d’Echanges Multimodal », « Paysage construit ») comme le propose le cabinet d’architectes-urbanistes FGP.

Voilà ! Vous avez réussi, en puisant uniquement dans l’argent public, c’est à dire les impôts payés par les rennais, à faire du cœur de la ville une zone économique aseptisée. La spéculation immobilière peut se déchainer et les loyers monter en flèche. Les pauvres s’en vont, sans qu’il y ait même besoin de les virer. Les grands groupes (du bâtiment, de la finance, des assurances…) peuvent s’en mettre plein les poches. Pas mal hein ?
Derrière cette opération de nettoyage social, il n’y a pas que la Droite, les banques et les multinationales. Le parti dit « socialiste » n’a attendu personne pour prendre l’initiative de gentrifier la ville entière,  ce qui lui permet à nouveau d’exhiber fièrement sa fonction politico-économique : servir fidèlement la prédation capitaliste. A l’évidence, ce n’est ni un parti à l’écoute des plus démunis, ni un pôle de défense des opprimés. Une autre preuve ? D’accord, mais alors juste une !

REFUGIES ET HYPOCRISIE

Communiquant largement sur le pseudo-accueil réservé aux « migrants », le P.S espère, à l’approche des élections régionales, capitaliser la sympathie politique à partir d’une catastrophe humanitaire. Pourtant son dernier fait de gloire est d’avoir chassé les réfugiés du parc des Gayeulles. Tout ça pour préserver le carré vert des bobos rennais. Mais le P.S local n’en était pas là à son premier fait d’arme. Un camp de rétention administrative (C.R.A) pollue les alentours de Rennes depuis bien trop longtemps. Ce n’est pas la droite qui a ouvert ce lieu de séquestration, mais bien le Parti socialiste et ses alliés du Parti dit « Communiste » Français.
« Eurorennes », nous dit-on ? Voilà un nom pompeux pour masquer une réorganisation du territoire toujours plus favorable au capital et à ses représentants, les cadres et autres parasites patronaux. Le pouvoir socialiste utilise son mince vernis de gauche, et la naïveté de certains, pour virer les couches indésirables de la population (sans-logis, salariés pauvres, chômeurs, sans-papiers, etc..).

La bourgeoisie et ses sbires politiciens nous virent des villes,
VIRONS-LES DE NOS VIES !

Abstention révolutionnaire – organisation autonome du prolétariat – neutralisation des syndicats – unification des luttes – autoréductions des prix – occupation des entreprises – abolition de la propriété privée des moyens de production – abolition des classes et de l’Etat – fin de l’espace/temps capitaliste.

GARAP